Lors d’une journée d’animation religieuse dans une école, une jeune m’interrogea : Quand peut-on se dire chrétien ? Je n’ai bien sûr pas répondu : lorsqu’on a réussi son examen de catéchisme ! J’ai pourtant été éduqué ainsi, mais qui aujourd’hui connaît le catéchisme par cœur, qui en comprend encore le langage si mythologique et ésotérique à nos oreilles contemporaines ? La science nous a formatés à mille lieues du registre symbolique de la Bible et le temps de Jésus où Dieu était une évidence est révolu.
« Si, pour toi, le Christ est une référence importante, si tu as envie de t’en inspirer, de te situer dans sa mouvance, je crois que tu peux te dire chrétienne », lui ai-je répondu. Lors des premières générations chrétiennes, il n’y avait encore ni catéchisme ni théologiens patentés, même si les lettres de saint Paul circulaient déjà. On parlait de la voie chrétienne. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », disait Jésus lui-même. Traduisons : Je suis le chemin qui vous mène à la vraie vie, la vie en plénitude. Et ce chemin consiste à aimer comme lui-même a aimé. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », confiait-il à ses disciples la veille de mourir. Si on ne peut jamais se dire arrivé au bout, on peut toutefois se mettre en route.
Une phrase m’a marqué quand j’avais 18 ans : « Tout cela est tellement humain qu’un Dieu seul peut l’avoir trouvé. » Ce qui me séduit en Jésus, c’est son humanité en laquelle je reconnais la révélation du mystère de Dieu. Il est cette présence de Dieu au cœur même de l’aventure humaine. Saint Paul y a vu l’amour de Dieu pour l’humanité : « J’en ai la certitude, disait-il, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Comme Jésus, je crois que le ciel – sens étymologique du mot Dieu – est paternel, que « le plus grand que moi », Celui qui m’enveloppe de sa présence mérite ma confiance et me permet d’aller toujours plus loin. Un souffle m’habite, qui vient de plus profond que moi. Avec les autres humains, je me sens appelé à faire un seul corps, tissant des liens fraternels avec tous, sans oublier les délaissés, mais en leur donnant une place importante, voire la première.
Les deux commandements sont semblables, disait Jésus : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Semblables, parce qu’il ne s’agit que d’aimer, c’est-à-dire sortir de soi-même pour aller vers l’autre en qui nous voyons la trace de l’Autre, avec une majuscule. Saint Augustin avait ce commentaire judicieux : « L’amour de Dieu est le premier dans l’ordre des commandements, mais celui du prochain est le premier dans l’ordre d’exécution. » Impossible d’aimer Dieu, en effet, sans aimer son prochain. Nos relations avec les autres sont la porte d’entrée dans le mystère de Dieu.
Le chemin de la foi ne se parcourt pas seul, mais en communion avec ceux qui cherchent dans la même direction. Souvent, hélas, l’Église comme institution fait problème. Elle est en effet bien imparfaite. L’Église, pour reprendre une parabole de Jésus, est un champ où l’ivraie est mêlée au bon grain, comme en chacun de nous d’ailleurs. Ils vont croître ensemble. Viendra l’heure de la moisson. En attendant, plutôt que de nous plaindre des mauvaises herbes réjouissons-nous du bon grain qui mûrit.
Texte de Charles Delhez sj publié sur Facebook le 4 avril 2025.